PHILIPPE JOZELON

HANTISES

(2012 – 2018)

Un retour vers l’enfance

En vieillissant, nous avons toutes et tous la tentation de retrouver l’enchantement de notre enfance, qu’elle ait été difficile ou tragique, limpide ou merveilleuse. La mienne a été tout à la fois. Une solitude d’un garçon adolescent muet qui se perdait volontairement dans la campagne du Périgord, entre forêts épaisses et vestiges de châteaux disparus. Dans ces vagabondages solitaires, je devenais un animal sauvage et rêveur: je reniflais la mousse des arbres antiques, je sniffais les odeurs sensuelles de l’été et surtout, je voyais des choses furtives et inquiétantes. Je devinais des présences à peine perceptibles, ni hostiles, ni avenantes… elles étaient là, partout, dans TOUT. Je recherchais avec obstination les ruines antiques que mon intuition romanesque m’indiquait. Et, parfois, j’attendais que les portes du Château s’ouvrent à moi, en vain. Cette enfance a été furieusement heureuse en fin de compte . Quarante ans plus tard, mon exode vers la bonne ville de Tonnerre (Yonne) m’a obligé à accepter cette terrible vérité: pour retrouver une forme de renouveau artistique vital, il fallait que je renoue avec ces sensations d’enfance, de contemplation active et créative.

Tonnerre est une très ancienne cité déglinguée où les siècles s’entrechoquent douloureusement. L’ eau turquoise de la Fosse Dionne, les pierres , les terres, les voies romaines et médiévales qui traversent les forêts tonnerroises et l’histoire tragique des hommes m’ont submergé. Ca y est, j’avais retrouvé mes présences ! J’avais enfin mes Hantises !!!! Les maisons abandonnées, les lits glacés et poussiéreux, les charpentes usées, les papiers peints désuets me faisaient signe, et sens ! Ici et là un gorille inattendu, une femme dénudée, des racines en apesanteur, un cocon végétal frémissant…

Aujourd’hui, maintenant, j’ai retrouvé mon chemin de rôdeur, et vous pouvez me suivre.

Philippe Jozelon

Saint Vinnemer, le 14 janvier 2018.